Tonte différenciée : pourquoi arrêter de tondre votre pelouse ?

La pelouse parfaitement verte, uniforme et tondue à quelques centimètres reste pour beaucoup l’image du jardin bien entretenu. Dès que l’herbe pousse un peu trop, on sort la tondeuse. Puis on recommence quelques semaines plus tard.
Pourtant, tondre systématiquement toute sa pelouse n’est pas forcément une bonne chose pour la biodiversité. Une tonte fréquente empêche de nombreuses plantes de fleurir et maintient une végétation très basse et homogène, offrant moins de ressources et d’abris à la petite faune.
Faut-il pour autant laisser son jardin complètement à l’abandon ? La réponse est évidemment non.
Une autre approche consiste à continuer de tondre les endroits réellement utilisés et à laisser l’herbe pousser davantage ailleurs. C’est ce qu’on appelle la tonte différenciée. Une pratique extrêmement simple qui permet de conserver une pelouse agréable à utiliser, tout en accordant davantage de place au vivant.
Qu’est-ce que la tonte différenciée ?
Le principe de la tonte différenciée est assez simple : toutes les parties d’un jardin n’ont pas besoin d’être tondues à la même hauteur ni à la même fréquence. Autour de la terrasse, sur les cheminements, dans les espaces de jeux ou les endroits régulièrement fréquentés, une pelouse relativement courte reste très pratique. Mais au fond du jardin ? Sous certains arbres ? Le long d’une haie ? Sur une partie de terrain que personne n’utilise réellement ? Il n’est pas forcément nécessaire de passer la tondeuse toutes les deux semaines.
En espaçant fortement les tontes dans ces espaces, les graminées se développent, certaines plantes spontanées peuvent fleurir et la végétation devient progressivement plus haute et diversifiée. Le jardin se compose alors de différentes strates : pelouse courte aux endroits utilisés, herbes hautes dans d’autres, massifs, arbustes et arbres.
Et cette diversité est justement hyper intéressante pour le vivant.
Pourquoi une pelouse tondue très courte est-elle moins favorable à la biodiversité ?
Soyons précis : une pelouse n’est pas un désert biologique.
Des organismes peuvent parfaitement y vivre et elle remplit également une fonction importante dans nos jardins. Elle permet de jouer, marcher, s’allonger ou simplement disposer d’un espace dégagé. Le problème vient plutôt de la combinaison d’une tonte très courte, fréquente et uniforme sur l’ensemble du jardin.
À force de couper constamment la végétation, seules certaines espèces végétales particulièrement tolérantes à ces perturbations parviennent à se maintenir. Une étude publiée dans Basic and Applied Ecology a comparé des pelouses urbaines régulièrement tondues à des espaces dont la tonte avait été réduite à seulement une ou deux interventions par saison. Après six années de gestion différenciée, les chercheurs ont observé environ 30 % d’espèces végétales supplémentaires dans les zones moins fréquemment tondues.
Une vaste revue de la littérature scientifique consacrée à la gestion des espaces verts urbains, retrouve également une association récurrente entre l’intensité de tonte et une diminution de la diversité végétale. Autrement dit, en cherchant à obtenir partout une surface parfaitement uniforme, nous simplifions aussi l’écosystème de notre jardin.
Laisser pousser l’herbe pour accueillir davantage d’insectes !
Lorsque vous espacez les tontes, vous ne laissez pas seulement pousser des brins d’herbe. Des plantes spontanées peuvent avoir le temps de fleurir. Les trèfles, pâquerettes, pissenlits et autres espèces présentes dans le sol deviennent alors des ressources alimentaires potentielles pour les pollinisateurs.
Une étude publiée dans Biological Conservation s’est justement intéressée à l’influence de la fréquence de tonte des jardins résidentiels sur les abeilles. Les chercheurs ont constaté que modifier la fréquence de tonte influençait à la fois l’abondance et la diversité des abeilles observées. Les herbes hautes créent également une végétation plus complexe susceptible d’offrir nourriture, micro-habitats et refuges à différents invertébrés. Et les insectes constituent eux-mêmes une ressource alimentaire pour d’autres animaux, notamment certains oiseaux.
L’Office français de la biodiversité rappelle d’ailleurs l’importance des prairies pour la diversité végétale, les pollinisateurs et de nombreux autres services écosystémiques. Certaines prairies naturelles particulièrement riches peuvent accueillir plusieurs dizaines d’espèces végétales par mètre carré. Évidemment, arrêter de tondre pendant trois mois ne transformera pas miraculeusement votre gazon en prairie naturelle.
Mais vous commencez déjà à offrir davantage de possibilités au vivant.
Une herbe haute résiste-t-elle mieux à la chaleur ?
C’est également l’un des intérêts de ne pas tondre sa pelouse trop court pendant les périodes chaudes.
Une végétation plus haute ombrage davantage la surface du sol, tandis qu’une tonte très rase expose plus directement celui-ci au rayonnement solaire.
Laisser l’herbe pousser davantage, permet de conserver un couvert végétal plus haut et évite de maintenir systématiquement le gazon à quelques centimètres. Il serait toutefois exagéré d’affirmer qu’une pelouse moins tondue résistera nécessairement mieux à la sécheresse : les données scientifiques disponibles ne permettent pas encore de généraliser cet effet. La résistance dépend notamment des espèces présentes, du sol, du climat et de la gestion de la pelouse.
Mais quand arrivent les fortes chaleurs, vouloir conserver une pelouse extrêmement courte peut être contre-productif.
Accepter une végétation plus haute, et parfois moins verte, fait aussi partie d’une manière différente de considérer le jardin : un jardin n’a pas besoin d’être parfaitement vert toute l’année pour être en bonne santé.
Comment pratiquer la tonte différenciée dans son jardin ?
Pas besoin de transformer brutalement votre jardin. Commencez simplement par observer vos usages. Où marchez-vous ? Où jouent les enfants ? Où installez-vous une table, une chaise longue ou un barbecue ?
Continuez à tondre ces espaces.
Puis identifiez les surfaces que vous utilisez très peu. C’est là que vous pouvez espacer les tontes et laisser la végétation monter davantage. Et pour éviter l’impression d’un jardin abandonné, utilisez justement la tondeuse pour dessiner le jardin. Un chemin tondu au milieu des herbes hautes, une bande courte autour d’une prairie ou une courbe parfaitement dessinée suffisent à montrer que cette végétation est volontaire.
La tonte ne sert alors plus seulement à raccourcir l’herbe : elle devient un véritable outil de conception paysagère.

À quelle fréquence faut-il tondre les zones d’herbes hautes ?
Pratiquer la tonte différenciée ne signifie pas nécessairement arrêter définitivement de tondre. Une prairie est elle-même un milieu qui peut nécessiter une gestion. L’Office français de la biodiversité rappelle notamment que de nombreuses prairies naturelles et semi-naturelles sont historiquement maintenues grâce à la fauche, au pâturage ou à une combinaison des deux.
Sans aucune intervention pendant plusieurs années, certaines zones peuvent progressivement évoluer : quelques espèces dominantes peuvent prendre le dessus et des végétaux ligneux finir par s’installer.
La bonne question n’est donc pas :
« Dois-je encore tondre cette partie ? »
Mais plutôt :
« Comment dois-je désormais la gérer ? »
Selon votre terrain, votre climat et le résultat recherché, certaines zones pourront être fauchées ponctuellement, tandis que d’autres resteront plus régulièrement tondues. C’est précisément le principe d’une gestion différenciée du jardin.
Quelles alternatives à la pelouse traditionnelle ?
Et si vous n’utilisez absolument jamais une partie de votre pelouse, une autre question mérite d’être posée :
A-t-elle réellement besoin de rester une pelouse ?
Parce que laisser pousser l’herbe n’est pas la seule solution.
Remplacer une partie de la pelouse par des massifs
Un massif composé de vivaces, graminées, couvre-sols et arbustes permet de créer plusieurs hauteurs de végétation et une succession de floraisons. On obtient alors un jardin beaucoup plus riche visuellement qu’avec une seule grande surface engazonnée. La couverture végétale permanente permet également de limiter les surfaces de sol directement exposées au soleil et d’offrir davantage d’habitats et de ressources à la petite faune.
Et surtout, le jardin retrouve du volume.
Plutôt qu’une surface verte parfaitement plane, on obtient des feuillages, des floraisons, des textures et des mouvements qui évoluent au fil des saisons.

Transformer sa pelouse en prairie fleurie
La prairie fleurie constitue une autre alternative intéressante.
Attention cependant à une idée reçue : créer une prairie durable ne consiste pas nécessairement à acheter un sachet de graines « prairie fleurie » et à le jeter sur une pelouse existante. Le résultat dépend du sol, de sa fertilité, des espèces déjà présentes, du climat, des végétaux sélectionnés et de la manière dont la parcelle sera ensuite gérée.
Une prairie fleurie est donc un véritable écosystème à concevoir et à entretenir, et pas simplement une pelouse que l’on ne tond plus.
Planter des arbustes et des arbres
Enfin, pourquoi conserver 300 m² de pelouse si vous n’en utilisez réellement que 100 ? Une partie de cette surface peut accueillir des arbustes ou un arbre. Le jardin se développe alors non seulement horizontalement mais également verticalement : couvre-sols, plantes herbacées, arbustes puis canopée des arbres.
Cette multiplication des strates végétales crée des habitats différents et rend également le jardin beaucoup plus intéressant d’un point de vue paysager. L’arbre apporte en plus quelque chose qu’aucune pelouse ne pourra offrir : une véritable zone d’ombre.
Faut-il supprimer complètement sa pelouse ?
Non. Et vouloir supprimer toutes les pelouses serait simplement remplacer un dogme par un autre. Une pelouse est parfaitement pertinente lorsqu’elle répond à un usage. Vous aimez jouer au ballon avec vos enfants ? Gardez une pelouse. Vous adorez vous allonger dans l’herbe ? Gardez une pelouse. Vous organisez régulièrement des repas ou des jeux dans le jardin ? Gardez une pelouse.
Mais si vous tondez chaque semaine 500 m² simplement parce qu’un jardin est supposé être constitué d’une grande étendue d’herbe parfaitement rase, peut-être est-il temps de reconsidérer cet espace.
Les connaissances scientifiques disponibles montrent qu’en réduisant l’intensité de la tonte, il est possible de favoriser une végétation plus diversifiée et d’offrir davantage de ressources à différents invertébrés. Alors, plutôt que de chercher à transformer chaque mètre carré de votre jardin en terrain de golf, posez-vous simplement cette question :
De combien de mètres carrés de pelouse courte ai-je réellement besoin ?
Et sur le reste, laissez pousser, dessinez des chemins, créez des massifs, plantez des vivaces et des arbustes, installez une prairie ou plantez un arbre. Votre jardin sera peut-être un peu moins uniforme.
Mais certainement beaucoup plus vivant.
Et puis, entre nous, vous ne trouvez pas cela plus esthétique un jardin avec des chemins ou des zones dessinés par l’herbe sauvage ?

